Interviews

Posté le 16 sept. 2015

Le Réseau Cocagne : La "logique de la preuve modernisée" avec Jean-Guy Henckel

"Vous avez besoin de légumes, ils ont besoin de travail. Ensemble, cultivons la solidarité." 

Ainsi se présente le Réseau Cocagne et ses bientôt 120 Jardins de Cocagne où sont vendus chaque semaine 25 000 paniers de légumes bio et locaux à 20 000 familles.

Saviez-vous qu'en 2013, environ 4 000 salariés en insertion y ont été employés pour une durée maximale de deux ans.

Une aventure humaine dont nous parle son fondateur Jean-Guy Henckel qui est aussi à l'origine - avec d'autres comme Jean-Marc Borello - de la création Mouvement des Entrepreneurs Sociaux (Mouves).
Tous les deux ont publié avant l'été leur Manifeste pour un monde solidaire.

Des méthodes de travail à impact social et environnemental qui imprègnent aussi de petites et grandes entreprises. 

Des Jardins au Réseau de Cocagne...

Comment est née l'idée des Jardins de Cocagne?

Jean-Guy Henckel : Les Jardins de Cocagne ne sont pas nés en un jour. Il y avait d'abord une idée de mixité sociale des publics fragiles ou en difficulté. En France on a une fâcheuse tendance à mettre les personnes âgées d'un côté, les femmes, les jeunes de l'autre...

Je voulais aussi une mixité des problématiques. On a pris des gamins des quartiers, des agriculteurs en difficulté, des personnes en centre d'hébergement, des hommes, des femmes et de tout âge. Je croyais plus à ce groupe cohérent.

Mes études de sociologie m'avaient fait découvrir des études montrant que le travail de la terre était très restructurant psychologiquement et physiquement. C'est dur et en même temps cela fait du bien. C'est mieux que de prendre des cachetons.

On devait aussi créer un modèle économique. On avait senti ce qu'on appelle aujourd'hui des signaux faibles même s'il n'y avait alors pas de grand courant de consommation bio. Imaginez, à l'époque, on a dit à des consommateurs : Vous allez acheter un panier chaque semaine, vous ne choisissez pas vos légumes, vous les cherchez à une heure imposée, vous les payez d'avance… Un peu tout ce que l'on prétend faire peur aux consommateurs! Et aujourd'hui nous procédons toujours à peu près ainsi avec nos adhérents consommateurs des Jardins de Cocagne.

Associer une démarche sociale avec une démarche économique particulière ayant comme support l'agriculture et fédérer des groupes de consommateurs, cela a été les prémisses du premier Jardin de Cocagne.

Les paniers bio des Jardins de Cocagne

Nous avons alors créé le Réseau Cocagne pour essaimer, accompagner, appuyer et former. Notre grand pari c'est de progresser tous ensemble en partageant.

 

Le premier jardin de Cocagne a été lancé en 1991 à Chalezeule, près de Besançon dans le Doubs. 110 jardins en activité à ce jour… Comment s'est passé la multiplication des jardins?

J-G. H. : Le début des années 90 était une sale période où même le président de la république avouait son impuissance face au chômage et à la pauvreté.
Dans cette grisaille il y a une petite lumière, un truc là-bas en province qui a l'air de marcher et les médias en parlaient pas mal.

Des petites graines se sont réveillées dans pas mal d'endroits : "On a envie de faire la même chose." J'ai démarré un tour de France pour les rencontrer et en une décennie il y avait une quarantaine de jardins.
Dans les années 2000 il ne s'agissait plus seulement de créer des Jardins mais d'accompagner leur développement. Nous avons alors créé le Réseau Cocagne pour essaimer, accompagner, appuyer et former. Notre grand pari c'est de progresser tous ensemble en partageant.
Je ne voulais pas non plus choisir entre un système centralisé avec des franchises et un système de jardins totalement autonomes, façon débrouillez-vous!

On a créé un mode de fonctionnement entre les deux avec, comme au patinage artistique, des exercices imposés associés à la liberté de chaque dirigeant localement de décider de faire du marché, de travailler avec la restauration scolaire etc.
Les exercices imposés sont la charte : Du bio, la présence d'adhérents consommateurs, s'inscrire dans le territoire, embaucher des publics en difficulté, vendre à des adhérents consommateurs…

Historiquement, l'idée serait née au Japon dans les années 60. Les premières ventes en circuit court étaient des coopératives japonaises. L'idée a circulé dans les milieux alternatifs des Etats-Unis dans les années 70 mais n'était jamais vraiment arrivée en France. Nous avons proposé les Jardins de Cocagne. 

Ce que moi et d'autres amenons en permanence c'est la logique de la preuve. Nous n'avons de leçons à donner à personne, nous essayons de faire parler nos actes.

 

Entreprendre pour régler un problème social, environnemental... Le mouvement des entrepreneurs sociaux (Le Mouves)

Vous avez aussi participé à la création en 2010 du Mouves (Le Mouvement des entrepreneurs sociaux)

J-G. H. : Pour Jean-Marc Borello comme pour moi, nos obsessions sont sociales. A partir de là il faut créer une structure économique mais notre idée première n'est pas de monter une entreprise.

Les entreprises sociales ont pour objectif de régler un problème social ou environnemental, un problème de fragilité, un problème de personnes âgées, de SDF, de jeunes en difficultés…
Nous y avons associé des règles démocratiques de participation au sein de l'entreprise et une échelle de salaires.

La loi ESS n'a cependant pas repris l'échelle des salaires défendue par le Mouves…

J-G. H. : On retrouve aujourd'hui dans certaines grandes entreprises une échelle de 1 à 700 pour le plus haut salaire.
Nos aurions aimé que la loi sur l'ESS valide une échelle de salaire de 1 à 10, mais même une échelle de 1 à 20 a été refusée sous la pression de grandes coopératives agricoles et des grandes banques mutualistes.

Le statut de coopérative, de mutuelle… ne fait pas tout…

J-G. H.Comme le rappelle souvent Jean-Marc Borello lors de rencontres avec le grand public, Spanghero qui a fait passer de la viande de cheval pour du bœuf était une coopérative et la FIFA est une association! On peut retrouver dans ce type de structures des comportements de presque malfaiteurs comme on peut trouver une SARL ou une SA qui a des pratiques très positives.

Venant des entreprises d'insertion j'ai utilisé la forme associative pour les Jardins de Cocagne mais j'avais tout d'abord monté tout un tas d'entreprises comme par exemple des SARL dans le bâtiment et je les faisais fonctionner avec une certaine éthique. Cependant lors de la vente d'une SARL, ce qui est vrai c'est que si celui qui la reprend ne veut pas appliquer cette éthique, personne ne peut l'obliger, sauf peut-être sa clientèle!

Ce que moi et d'autres amenons en permanence c'est la logique de la preuve.
Nous n'avons de leçons à donner à personne, nous essayons de faire parler nos actes : Là j'ai fait je me suis planté, là cela a marché…

Le Mouves n'est pas un mouvement d'organisations mais de personnes, des entrepreneurs sociaux. A sa création c'était aussi un moyen de mettre un coup de pied dans la fourmilière.

Jean-Marc Borello et vous-même intervenez par ailleurs dans de très grandes entreprises et dans de Grandes Ecoles, cela ne doit pas plaire à tout le monde :

J.G. H. : Cette logique de la preuve modernisée fait qu'elle touche aujourd'hui des catégories de gens de plus en plus jeunes alors que dans l'économie sociale et solidaire, on ne voyait que des têtes grises comme les miennes.
Lors du Tour des solutions du Mouves on rencontre des tas de "gamins" qui sortent d'Enactus ou ont suivi des cours sur l'entrepreneuriat social dès l'université… Il y a aussi des gens issus d'Ecoles de commerce qui ont trainé 10 ans dans de grandes entreprises et qui décident de changer totalement.

Je pense qu'on a contribué à cela avec le Mouves. Donner une autre image de ce qu'est l'ESS (L'Economie Sociale et Solidaire) à travers des exemples et l'incarnation par certaines personnes.

Aujourd'hui, les choses ont bien changé. J'interviens à l'ESSEC ou aux Mines, Jean-Marc Borello à HEC. On y recueille un bien meilleur accueil que dans les écoles du travail social. Quand j'ai créé ma première entreprise, je me suis mis à dos tous les travailleurs sociaux pour avoir vendu mon âme au Capital!

Du coté des entreprises on n'était pas mieux accueilli il y a quelques années. On était de drôles d'entrepreneurs, des amateurs, et depuis, avec le Mouves qui nous met en avant et l'écriture de livres, on nous demande désormais de siéger dans des conseils d'administration de grandes entreprises.

Comme on le dit parfois avec mépris, vous faisiez alors "du social"!...

J-G. H. : Oui et puis on était des amateurs! Ce qui n'était pas tout à fait faux mais j'ai aussi appris depuis que de nombreux entrepreneurs sont des amateurs! Et en plus ceux-là ne font pas de social !

Les pouvoirs publics étaient aussi déstabilisés car l'intervention sociale c'est plutôt le caritatif avec un coté misérabiliste. Alors que nous montons des projets qui ne sont pas des usines à pauvres.

A l'inverse n'y-a-t-il pas un business autour du "social"? Vous avez démontré que l'on pouvait créer un système pérenne et vous avez attiré de nouveaux acteurs qui viennent en tirer des profits…

J-G. H. : Emmaüs a été le précurseur de la gestion de déchets en France. Pendant 15 ans avec les Jardins de Cocagne, on était les seuls à vendre des paniers légumes bio localement aux particuliers. Les agriculteurs ont alors créé les AMAP. Est arrivée La Ruche qui dit Oui et à Paris je découvre chaque semaine une affiche 4/3 dans le métro avec des paniers Bio internationaux à Rungis.

Comme personne ne voulait de nous, comme on n'était pas prévu dans le paysage, on s'était lancé seuls dans l'insertion par l'activité économique et on a été assez innovant. Nos idées ne devaient pas être si mauvaises puisqu'elles ont été reprises !
La première société privée sans aucun impact social et même environnemental à Rungis à avoir copié les Jardins de Cocagne n'a pas hésité à recopier nos propres textes. Je le sais car ils ont aussi copié les deux fautes d'orthographe!

Parmi les vendeurs de légumes, à côté de celui à Rungis qui fait du business et le paysan qui ne fait pas de bio mais fait du local, le réseau Cocagne fait du bio, du local et du solidaire.

Il faut qu'on communique, il faut qu'on fasse passer l'information qu'un panier de légumes ressemble à un autre panier de légumes sauf qu'il ne raconte pas la même histoire.

Sur cette place où nous nous trouvons pour cette rencontre il y a probablement parmi ces restaurants l'un d'entre eux qui a des pratiques plus intéressantes que les autres mais on ne le sait pas et on n'a pas pu le choisir et le soutenir. C'est je crois l'un des objectifs à venir de votre plateforme Et si on s'engageait. (Vous avez bien compris!) 

 

Interviews

Publié le 21 juin 2015

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Imprégner les entreprises "classiques" petites ou grandes...

Les entreprises du Mouves sont des entreprises dont le produit ou le service est social et / ou environnemental. Comment faire évoluer les autres entreprises et entrepreneurs avec les mêmes pratiques?

J-G. H. : J'ai toujours plutôt préféré l'imprégnation à la révolution.
Les gens pensaient à un moment qu'on allait totalement être inféodés à des grands groupes du CAC 40 mais en fait en les rencontrant tout d'abord via leurs fondations puis à l'intérieur, elles ont plutôt été imprégnées de ce que nous faisons et pour plusieurs raisons.

Si vous venez à Cocagne vous savez que cela va créer des milliers d'emplois et qu'on va développer l'agriculture bio. C'est votre truc ou cela ne l'est pas mais si cela l'est vous avez une source de motivation majeure.

Aujourd'hui, les grandes entreprises ont un énorme problème de management. Comment garder et faire batailler toute la journée des gens extrêmement bien formés issus d'écoles de commerce alors que leur objectif unique est fixé par les retraités américains de fonds de pension qui disent cette année je veux 15%, et que tout est organisé pour qu'ils aient 15%. A un moment j'ai senti un basculement dans ces entreprises auprès de grands patrons.

Depuis quelques années nous travaillons avec le Groupe Vinci avec lequel nous n'avons pas grand-chose à voir.
Après avoir rencontré les cadres dirigeants, j'ai proposé de rencontrer des actionnaires malgré les réticences du patron. J'en ai reçu 3 ou 4 groupes de 30/40 personnes dans les Jardins de Cocagne pour leur expliquer pendant 2 heures ce que nous y faisons et nos partenariats avec des fondations dont celle de Vinci
Ces actionnaires vont continuer à acheter ces actions et à vouloir en tirer des bénéfices financiers mais maintenant ils m'ont dit être un peu plus fiers d'être actionnaires parce qu'ils ont vu quelque chose d'inattendu dans un groupe de cette nature. Petit à petit les choses évoluent.

L'état de notre société appelle cependant à des changements importants…

J-G. H. : Nous faisons face à une crise écologique d'une gravité inédite, nous avons une crise sociale et une économie ivre essentiellement car elle est financiarisée à outrance. Tout cela est associé à des difficultés démographiques et à une crise institutionnelle tant dans les grandes institutions publiques que dans les grandes entreprises : Une espèce d'impossibilité à prendre des décisions aujourd'hui.

Un préfet de la Région Parisienne que j'apprécie m'expliquait qu'il est intrapreneur des pouvoirs publics, il essaye de faire changer les choses : "Je suis patron des flics. Un flic au carrefour prend encore 2 ou 3 décisions dans la journée, son supérieur au bureau en prend une par semaine, celui à la région en prend une par mois et le ministre n'en prend plus!"
Il voulait nous montrer comment cela s'est cristallisé même en exagérant un peu.

Aujourd'hui, on devrait choisir entre une économie cannibalisée, un modèle économique financiarisé, qui ne sait que rejeter des tas de gens comme dans une centrifugeuse folle, ou alors compter sur l'Economie Sociale et Solidaire qui va réussir à passer de 9 à 10% ce qui va rendre heureux ses acteurs. Mais pendant ce temps là le monde va s'écrouler?

Dans le peu de temps qui pourrait nous rester dans une période inédite, avec les entrepreneurs sociaux nous voulons oser de nouvelles alliances inédites et créer un triptyque d'acteurs de la réconciliation. Ce n'est apriori pas facile car les pouvoirs publics n'aiment pas beaucoup les entreprises qui le rendent bien aux citoyens etc. Nous n'avons pas cette culture de l'alliance.

Quand on arrive avec un beau projet qui a du sens on peut commencer à créer la culture de l'alliance. Par exemple, modestement, un jardin de cocagne ce sont des citoyens, des entreprises et des pouvoirs publics, le triptyque d'acteurs de la réconciliation.

On parle des grandes entreprises et des techniques d'imprégnation mais parlons aussi des PME et commerçants qui vont être plus concernés par l'approche de Et si on s'engageait. Comment ces petites entreprises peuvent faire évoluer leur comportement?

J-G. H. : L'imprégnation n'est pas l'apanage des grands groupes qui ont aussi inventé le social ou green washing. Par contre, le petit patron qui a 5 ou 10 salariés s'il commence à vouloir faire semblant, il va se le prendre dans la figure tout de suite en interne et en externe.

Aux Jardins de Cocagne on va essayer de faire que chaque jardin crée de la même manière une imprégnation locale avec un club de 10 à 20 entreprises qui seront rarement de grandes entreprises. J'ai été sidéré de voir que l'assureur du coin, que le patron d'une petite usine de métallerie viennent à un club d'un jardin de cocagne.
Un jardin de cocagne en région parisienne a créé une telle relation avec un petit supermarché Simply Market, que quand le supermarché recrute, il demande d'abord au Jardin s'il a quelqu'un à lui proposer pour faire des essais. Le supermarché donne aussi de la nourriture que l'on redistribue. Et je pourrai citer de nombreux autres exemples… Le sens relationnel dans nos Jardins est extrêmement important.

Nous avons même créé une méthodologie avec une association qui a beaucoup travaillé sur le rapprochement avec les entreprises : Le Rameau. C'est bien plus efficace que de faire du porte à porte.

Pourriez-vous nous donner des exemples d'engagements à impact social que pourraient prendre toutes les PME?

J-G. H. : Sur le social on peut, par exemple, trouver des critères particuliers en matière de ressources humaines. Est-ce que les gens qui y travaillent sont particulièrement heureux? Y-a-t-il une discrimination particulière par exemple autour de l'égalité homme / Femme? Est-ce que l'entrepreneur a pensé à engager de temps à une autre une personne par exemple handicapée ou qui sorte d'une entreprise d'insertion? On peut créer un certain nombre de critères.

Axe du développement Durable du Réseau Cocagne : Composante Sociale

Si l'on parle d'engagements environnementaux : Qu'est-ce qu'ils font pour protéger le sol de leur entreprise? Comment agissent-ils pour économiser de l'eau? 

L'échelle de salaire est-ce un critère à minima de la motivation des entrepreneurs?

J-G. H. : Vous aurez du mal avec cela. Mais dans de nombreuses petites entreprises ce n'est pas un sujet qui va les choquer car il arrive même parfois que certains patrons ne se payent pas pendant plusieurs mois pour payer leurs salariés. Dans beaucoup d'entreprises il n'y a pas cette course aux salaires.

Il n'est pas aberrant d'imaginer que par "imprégnation" notamment les entreprises privées lucratives fassent évoluer leur comportement pour se rapprocher des entreprises sociales et associations?

J-G. H. : Des études montrent aujourd'hui que la moitié des associations acceptent de travailler avec des entreprises et 50% des entreprises avec des associations. Cette imprégnation est véritablement en marche. 

Du Bio accesssible même aux plus démunis...

Aux Jardins de Cocagne, vous vendez des paniers de légumes bio et locaux à 15€, un prix difficilement accessible aux personnes dites en difficulté pour qui le prix est le critère principal?

J-G. H. : Ce qui m'a toujours gêné dans les Restos du Cœur, les Banques alimentaires même si je les défends, c'est que cela me gênerait à un moment de participer à une filière pour pauvres. De nombreuses personnes que j'ai rencontrées ne demandent pas le RSA, ne vont pas aux Restos du Cœur même s'ils crèvent de faim. Ils ne peuvent pas, c'est trop dur pour elles.

Certains disent aussi à propos des Jardins de Cocagne : "C'est dégueulasse d'utiliser les pauvres pour fournir des légumes bio à des bobos". Oui mais on n'a pas attendu ta remarque pour réfléchir à cela!

Il fut un temps ou nous donnions 10% de la production à des personnes en difficulté. Pour des contraintes économiques nous ne pouvons plus le faire mais nous avons mis en place un autre système.

Nous offrons désormais la possibilité à nos adhérents consommateurs de rajouter par exemple 10 euros par mois au prix panier. Ces 10 euros cumulés dans une caisse permettent au Jardin de Cocagne de vendre des paniers repas à 2 ou 3 euros à des personnes en difficulté qui viendront par contre chercher leur panier avec les autres adhérents sans distinction.

Pour compléter le don complémentaire d'adhérents nous faisons aussi appel à des fonds public locaux type Centre d'Action Sociale et à des entreprises privées qui aiment l'idée et qui nous suivent. Nous réalisons une conjugaison de sources de financements.

Nous proposons aussi aux personnes en difficulté des cours de cuisine dans une ambiance sympathique car cela ne sert à rien de donner un beau panier de légumes à un adhérent qui n'a pas l'habitude des les consommer.

Axe du développement Durable du Réseau Cocagne : Composante Economique

Il est de manière générale difficile d'impliquer des personnes à qui l'on laisse souvent penser qu'elles ne comptent plus, que l'on ne voit plus?

J-G. H. : J'ai côtoyé toute ma vie des personnes dites en difficulté ou en précarité. A un moment donné il faut leur donner une position, un peu de pouvoir.

Les personnes en difficulté qui ne savent comment finir la journée ont du mal à se projeter dans un autre mode de fonctionnement. C'est pour cela qu'on leur propose et le panier et les cours de cuisine. Il faut se projeter pour aider à donner une nouvelle posture à ces gens.

Dans l'évaluation des jardins de cocagnes ce qui me plait le plus c'est quand ils se disent : J'ai peut-être pas encore trouvé de travail mais enfin un endroit où l'on on m'a fait travailler, on m'a écouté, on m'a respecté…

Le stade suprême des personnes en grande pauvreté et de l'exclusion c'est qu'on commence à se détester soi-même. Il faut les mettre dans des positions où ils se réapproprient un certain nombre de choses. Le mec qui n'a jamais rien fait, qui est même rejeté par ses enfants, quand il bosse dans le Groupe SOS ou aux Jardins de Cocagne et qu'il revient avec des salades qu'il donne à son voisin ou dont le fils peut dire avec fierté : mon père va au boulot, cela le remet tout de suite dans une autre posture au moins aussi importante que le simple fait d'avoir de l'argent.

Vous écrivez d'ailleurs que lorsque certains employés critiquent leurs conditions de travail…

J-G. H. : C'est bon! Ils sont prêts à rejoindre d'autres entreprises et à se syndiquer!

Axe du développement Durable du Réseau Cocagne : Composante Environnementale

Les trois illustrations précédentes sont issues du document "Démarche Qualité et Développement Durable" du Réseau Cocagne et publiées avec son aimable autorisation.

AuteurEmmanuel Matt

Interview réalisée à La Machine à lire à Bordeaux. 

un jardin de cocagne ce sont des citoyens, des entreprises et des pouvoirs publics, le triptyque d'acteurs de la réconciliation.

 

Pour en savoir plus sur le Réseau Cocagne : 

- Les Fleurs de Cocagne, une initiative lancée en 2007 à Avignon

- Un reportage de France 3 Franche Comté aux Jardins d'IDEES à Bavans (25)

Le site du Réseau Cocagne 

Jean-Guy Henckel nous recommande aussi le film Se battre réalisé par Jean-Pierre Duret &  Andrea Santana, tourné en parti aux Jardins de Cocagne. Disponible en DVD. "Avant cela n'existait pas, les travailleurs pauvres..."

La bande annonce : 

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