Interviews

Posté le 15 juin 2015

Une coopérative? D'Intérêt Collectif? : Un exemple avec Nicolas Guenro et Citiz

Vous avez déjà sans doute entendu parler de coopératives. Des Scic, des Scop... 
L'autopartage est aussi une réalité de plus en plus répandue notamment dans les villes.

Avez Nicolas Guenro, Directeur Général de Citiz (Autocool) Bordeaux, membre du réseau national Citiz, nous allons parler des coopératives, des effets dans la gestion de l'entreprise et vis-à-vis des clients. Citiz Bordeaux est en plus une coopérative d'intérêt collectif. Pourquoi? 

Depuis quelque temps dans les médias grand public on parle de coopératives. Souvent il s'agit de Scop constituées par des salariés qui tentent ainsi de reprendre leur entreprise après un dépôt de bilan ou une liquidation. Pouvez-nous expliquer ce qu'est une Scop?

Nicolas Guenro : Je ne me présenterais pas comme un spécialiste des Scop - Une Société Coopérative et Participative - mais pour faire simple, ce sont des entreprises dont le capital appartient à ses salariés.
Cela provoque un changement de manière de vivre l'entreprise. Au lieu de n'être liés que par un contrat de travail, les salariés sont liés par une destinée commune puisque la stratégie de l'entreprise devient le résultat de décisions collectives.

Les Scop, uniquement une solution en cas de difficultés pour l'entreprise?

N. G. : Ce qui est dommage c'est qu'on appelle les Scop à la rescousse dans les cas désespérés, quand on ne sait plus quoi faire alors que c'est une manière de faire qui s'adapte à toutes les entreprises. Inversement ce n'est pas parce qu'on s'est constitué en Scop que l'entreprise est sauvée.
Une coopérative peut être une très bonne solution notamment pour un patron d'entreprise familiale qui n'a pas forcément d'héritier pour la reprendre.
C'est aussi une excellente solution pour maintenir de l'activité dans un territoire donné. Les salariés, parce qu'ils ont leur conjoint et leurs enfants dans un territoire auquel ils sont attachés, sont plus motivés que d'autres pour faire vivre une entreprise sur ce territoire.

Une Scop c'est un salarié, une voix mais il y a tout de même un "patron"…

N. G. : Etre dans une SCOP ne fait pas disparaitre la notion de patron. Il y a toujours un gérant ou un directeur général mais à la grande différence d'autres structures, il a été choisi par les salariés.
La critique du "patron" sera plus difficile car il y a une responsabilité collective. Cela crée une solidarité face aux événements.

Passer du statut de salarié parmi les salariés à patron n'est pas toujours simple…

N. G. : C'est une difficulté assez habituelle en SCOP. Il faut trouver le profil "mouton à 5 pattes", quelqu'un qui à la fois ait des bons rapports avec les salariés, qui ait des compétences juridiques ou commerciales ou de gestion, voire un peu de tout. Pas toujours facile à trouver d'autant que le salariat simple a aussi ses avantages : On n'emmène pas ses problèmes professionnels avec soi, enfin un peu moins.
Quand cela va bien c'est très valorisant d'avoir sa société, quand cela ne va pas bien, on arrête de dormir!

Pour en savoir plus sur les Scop, Les Sociétés Coopératives et Participatives

Voiture Citiz à Bordeaux. Proche d'une station Tram et VCUB

Les coopératives peuvent exister sous une autre forme, les Scic. C'est le cas de Citiz que vous dirigez. Pourquoi ce choix d'une Société Coopérative d'Intérêt Collectif?

N. G. : Quand je suis arrivé, il s'agissait d'une association loi de 1901 avec une quinzaine d'usagers et trois véhicules en partage. La question se posait de se développer. On avait le choix entre une société classique, une coopérative ou de poursuivre en association.
Il y avait une volonté du créateur, Hervé Dugeny de la transformer en Scic. J'en ai été la cheville ouvrière.
C'était un choix évident qui permettait d'associer notre activité d'autopartage à notre territoire.
Notre activité concerne un territoire donné, nous avions envie et besoin de collaborer avec des collectivités locales (Places en voirie, complémentarité à des politiques de mobilité…) et de collaborer avec des partenaires privés, des usagers et des salariés qui peuvent tous être rassemblés autour d'une Société Coopérative d'Intérêt Collectif, une société commerciale mais à vocation non lucrative.

A la différence des Scop - un salarié, une voix - la Scic est organisée autour de collèges d'acteurs ?

N. G. : Notre Scic est centrée autour des différents acteurs qui ont intérêt à développer l'activité. C'est pour cela que nous sommes organisés par collèges. Autour de l'autopartage il y a les bénéficiaires (les utilisateurs, les clients, abonnés), les salariés et ceux qui activent l'entreprise.
Il y a aussi des partenaires publics (Bordeaux métropole) puisque cela concerne la mobilité et des partenaires privés de type MACIF, Crédit Coopératif. Enfin, il y a aussi Kéolis, l'opérateur de transport public de la Communauté qui a la délégation de TBC, car Citiz est complémentaire de leur offre de transports collectifs.

Une Scop est organisée autour des salariés, une Scic autour de la relation que l'on entretient avec l'activité.

Avec Kéolis vous êtes complémentaires ou concurrents?

N. G. : Avec le groupe Keolis qui a des activités d'autopartage on est concurrent mais ce n'est pas son cœur de métier. A nous de montrer qu'ils ont plutôt intérêt à travailler avec nous dans les villes où ils sont présents plutôt qu'à développer des systèmes propres. La distinction entre complémentarité et concurrence est souvent faible. On est complémentaire jusqu'au moment où le marché se restreint, quand le gâteau est trop petit. Il faut être réaliste.

Qui détermine que l'on développe une activité d'Intérêt Collectif?

N. G. : L'agrément d'intérêt collectif est donné par le préfet qui avait à l'époque interrogé les services de l'état.
Dans les SCIC on trouve des écoles, de la restauration collective, des instituts de formation ou de recherche. Je citerais la Scic Rescoll, une très belle entreprise qui a d'ailleurs sauvé le Tram à Bordeaux à son démarrage lorsque les pannes de son alimentation par le sol posaient d'importants problèmes.

La Scic est adaptée à tout ce qui génère une activité économique avec une rentabilité réelle, souvent juste à l'équilibre, et qui a très souvent un rapport avec la chose et les politiques publiques.

Pour en savoir sur les Scic (Sociétés Coopératives d'Intérêt Collectif)

La Scic est adaptée à tout ce qui génère une activité économique avec une rentabilité réelle, souvent juste à l'équilibre, et qui a très souvent un rapport avec la chose et les politiques publiques.

Une scop peut par contre concerner tous les secteurs d'activité...

N. G. : Oui on peut être un huissier en Scop, une banque etc. En Scic on est formellement dans une société commerciale (Citiz sous forme de société anonyme) et avec une tendance associative ou de fondation dans les objectifs suivis.

Quelles différences au quotidien pour un patron de diriger une entreprise traditionnelle ou une Scic?

N. G. : En tant que Directeur Général, je rends compte tous les 2 mois au Conseil d'Administration. Les grandes décisions stratégiques sont prises en Conseil d'Administration qui réunit notamment 4 représentants des usagers sur 12 membres. Je rends compte mais j'ai cependant une délégation de pouvoir importante. C'est aussi intéressant de partager la vision de gens d'horizons très différents.

Des différences dans les relations avec les salariés?

N. G. : La relation avec les salariés dépend beaucoup de la personnalité du responsable dirigeant.
Je pense qu'il y a plus de garde-fous dans une coopérative que dans d'autres structures.
Cependant on peut très bien trouver dans des coopératives des personnes qui vont mal se comporter avec les autres salariés, ou des gens extraordinaires…
J'ai pris l'habitude d'organiser des réunions régulières pour les informer et demander leur avis mais je ferais la même chose dans une SARL Classique.

Et pour les salariés, travailler dans une Scic change-t-il leur comportement?

N. G. : Comment recrute-t-on? La priorité pour moi au moment du recrutement reste l'adéquation à la fonction. On travaille dans la mobilité alternative, dans le fait d'utiliser sa voiture le moins possible, juste quand c'est nécessaire. Quand on recrute un gestionnaire de flottes on lui demande cette compétence, pas forcément d'être en phase totale avec les objectifs qu'on poursuit. Je souhaite qu'il soit d'abord performant dans sa fonction.
Dans la durée il est cependant intéressant de voir les gens évoluer dans ce type de structure mais sans plus. Je n'aime pas trop quand dans un environnement ou un groupe de travail tout le monde se mettrait à penser la même chose. Nous ne sommes là ni pour cloner les gens ni pour avoir une pensée unique.

Les coopératives font partie de ce que l'on appelle l'Economie Sociale et Solidaire. Est-ce que Citiz met en avant le fait d'être dans l'ESS …

N. G. : Le premier objectif est de proposer un service qui soit efficace. Etre associatif ou coopératif n'est pas une excuse. Est-ce que les voitures sont bien entretenues ou pas, propres ou sales, présentes? Comment on réagit face à des problèmes. Il doit y avoir un cadre professionnel indépendant de notre choix de structure.
En second temps, quand on connait mieux les abonnés et clients, qu'ils sont un peu fidélisés, on leur parle de notre structure coopérative et on leur propose de nous rejoindre en devenant sociétaire de la coopérative.
Etre une coopérative se traduit aussi dans l'approche des gens et du suivi clients. Quand on appelle chez Citiz à Bordeaux on n'est pas reçu comme dans d'autres loueurs bien connus. On essaye de s'adapter, de se mettre à la place de l'abonné ou du client. On est beaucoup intervenus parfois la nuit, le week-end. C'est le fait de connaitre les usagers, parfois un peu personnellement, leurs habitudes.

Nous sommes en entreprise traditionnelle avec en plus des usagers sociétaires. Nous cherchons à développer des rencontres, un lien, une histoire entre les clients et l'entreprise. Ce n'est pas toujours simple de faire participer à l'histoire commune de Citiz Bordeaux. Entre apprécier d'être dans une coopérative et la faire vivre il peut y avoir un décalage…

Des initiatives, pratiques sociétales qui pourraient se transformer en engagements?

N. G. : Nous sommes cinq et tous en CDI, c'est déjà un engagement en soi. C'était important pour moi car je connais les difficultés pour trouver un logement et pour s'installer. En terme salarial nous avons peu de marges de manœuvre mais l'écart de salaire est limité. (Une échelle de salaire autour de 2)

Nous avons mis en place très vite des chèques déjeuner et autres petits avantages de ce type comme des tarifs réduits. Des tarifs réduits qui sont aussi proposés aux salariés d'une coopérative d'achat : La Ristourne.

Dans le choix de nos fournisseurs nous essayons d'en trouver qui adhèrent à nos valeurs mais ce n'est pas toujours facile. Comme on consomme encore de l'essence on passe donc par Total! On n'en a pas trouvé d'autres… J'aimerais par ailleurs systématiquement aller au Garage Moderne, un partenariat que j'aimerais réactiver mais qui a aussi ses contraintes.

Le premier objectif est de proposer un service qui soit efficace. Etre associatif ou coopératif n'est pas une excuse.

Acceptez-vous de déposer un engagement au nom de Citiz?  Un engagement tiré de votre propre expérience, d'une initiative de votre structure qui pourrait aussi être pris par d'autres entreprises? 

N.G. : L'engagement que je vous propose est un engagement mobilité que nous mettons en pratique en interne et que nous faisons pratiquer à nos usagers. Il s'agit donc d'une approche globale qui peut être transposée partout : 

Dans le réseau CITIZ, nos abonnés et l'ensemble des collaborateurs, gestionnaires de flotte comme gérants, se posent une question simple avant chaque déplacement : Quel mode de transport est le plus adapté à mon besoin du jour ?

Les abonnés CITIZ baissent ainsi de 41% leur nombre de km parcourus en voiture après l'inscription au service, juste en rationalisant leur déplacement : la plupart du temps marche, vélo et transport collectif... et Citiz quand on ne peut pas faire autrement.

On essaie tous ?

Auteur : Emmanuel Matt 

(Info vérité (!) : Administrateur élu du collège usagers de Citiz Bordeaux depuis avril 2015)

Engagement en cours d'élaboration

Kit développement durable pour les cinémas

Environnemental

Dans un cinéma, dans les espaces publics, il y a beaucoup de consommations qui peuvent faire l'objet de comportements développement durable. - en tant que visiteur, je lis le...

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Citiz Bordeaux est un service de location de voitures en libre-service ou « autopartage »

  • Un service accessible 24h/24 avec votre badge personnel.
  • Des stations d'autopartage à travers la ville.
  • Un trajet en boucle avec stationnement garanti au retour.
  • La possibilité de réserver pour une heure ou plus.

Combien ça coûte ?

  • Un abonnement mensuel ou annuel pour accéder au service
  • Pour chaque location : les heures réservées + les kilomètres parcourus (voir simulateur à droite)
  • Tout est compris : carburant, assurance, entretien, assistance…

Ne payez que ce que vous utilisez !

Une voiture personnelle coûte en moyenne 5 500 € par an (assurance, entretien, frais fixes…). Avec l'autopartage, les frais fixes sont moindres : vous payez à l'usage. L’autopartage Citiz vous revient ainsi moins cher qu’une voiture personnelle si vous ne vous en servez pas tous les jours et que vous parcourez moins de 10 000 km par an.

Citiz Bordeaux fait fait partie du réseau national Citiz qui permet l'accès aux voitures Citiz dans de nombreuses autres villes en France.

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Avec Citiz, j'ai une voiture sans avoir de voiture

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