Interviews

Posté le 6 mai 2015 | 1 commentaires

Alexandre Jardin, Rencontre Bleu Blanc Zèbre!

Interpellé sur Twitter quelques jours plus tôt, Alexandre Jardin a bien voulu répondre aux questions de Et si on s'engageait, enfin au moins au début car à la fin ce serait peut-être plutôt l'inverse!

Une rencontre réalisée lors d'une présentation publique de son mouvement citoyen Bleu Blanc Zèbre, "Aux actes citoyens", à Darwin / Bordeaux suivi du recrutement de Faizeux pour élargir encore ses bouquets de propositions. Un mouvement dont Alexandre Jardin annonçait à cette occasion qu'il serait dissout à Noel 2017 : "On ne fait cela que pour deux ans, c'est plus une histoire d'amant que d'amour". Empêcher Marine Le Pen et le Front National de gagner la Présidentielle est un enjeu central totalement assumé. 

Une initiative pour "La France de la joie, la France qui n'a pas peur" et basée au niveau public sur un réseau de maires "les seuls élus à portée de baffes". Vous aurez compris que je citais encore Alexandre Jardin! 

Au début de votre livre, Laissez-nous faire... on a déjà commencé, vous écrivez : "La vitalité française ne reviendra jamais par aucun parti ou ne sait quel sauveur de rencontre (mais par tous, pour tous)". Vous parlez aussi du "locataire piteux de l'Elysée" et de "Nicolas Sarkozy – ce partisan très énergique de l'inaction". Ne prenez-vous pas le risque de passer pour populiste et d'apporter encore des voix supplémentaires aux extrêmes notamment au Front National?

Alexandre Jardin : Je crois que le mot populiste a été inventé pour justifier toutes les turpitudes des républicains. Les populistes vivent de promesses, les zèbres ne promettent rien, ils le font.

Je crois qu'il est urgent que les gens dotés d'une morale se réconcilient avec le réel. Pratiquer le déni a fabriqué le Front National. Si nous ne nous réconcilions pas avec des constats simples, si nous ne disons pas ce que le peuple voit, nous allons tous finir en asile psychiatrique, avec le Front National aux manettes. La crainte que vous exprimez est une des raisons de la montée du Front National.
Maintenant que nous sommes au bord du précipice on va arrêter de faire les mêmes conneries.

"Le peuple des Faizeux – ces atouts maitres pour le pays – piaffe et exige un grand rôle, à la mesure exacte de ses talents" : écrivez-vous aussi. Comment proposez-vous de faire bouger ces "citoyens obéissants" comme vous les appelez?

A. J. : Il suffit d'une minorité de gens extrêmement actifs et capables de faire bouger les lignes pour emporter une nation. 30 000 Français libres ont suffit à embarquer 40 millions de français.

Concrètement…

A. J. : Concrètement il y deux types d'êtres humains, les Dizeux et les Faizeux. Ceux qui font se collettent la réalité, la complexité du réel, la rugosité des problèmes et la folie humaine.
Nos Zèbres sont à la fois des gens qui passent à l'acte, mais aussi des citoyens qui ont le souci d'impliquer les autres citoyens. Ils sont donc extrêmement précieux pour ce pays à l'arrêt.

Ne risque-t-on pas d'exclure des personnes, comment en faire des Faizeux?

A. J. : Oui mais cela signifie proposer à tous des outils. De nombreuses personnes sont prêtes à être des Faizeux mais ne savent pas quoi faire concrètement dans leur commune.

Lorsque j'ai lancé il y a 15 ans déjà Lire et faire lire, j'ai fabriqué avec La ligue de l'enseignement et l'UNAF (Union Nationale des Associations Familiales) un outil dont les citoyens ont pu se saisir.
Si vous n'élargissez pas l'offre les gens sont un peu déroutés, ils ne savent pas par quoi commencer. L'offre pour que les citoyens puissent agir est centrale.

Les Français semblent aimer le changement, ils ont même voté pour un Président qui en faisait son programme. Mais n'ont-ils pas d'abord envie de changement pour les autres, ou pour eux mais uniquement quand cela peut les avantager?

A. J. : Je pense que les français dont vous parlez sont en train d'hésiter entre le pire et le meilleur?
Il y a une masse considérable de gens extrêmement vivants qui n'ont pas du tout l'intention de rater leur vie et donc de rater les autres. Seulement ces gens là agissent de manière isolée dans les associations, les entreprises, dans les mairies ou les associations.

Au mouvement Bleu Blanc Zèbre nous avons décidé d'en faire une puissance en les amenant à coopérer au sein de bouquets de solutions. C'est cette logique de puissance qui va tout changer.

"Nous sommes prêts à leur laisser les ministères s'ils nous laissent nous occuper des français."

Il se trouve que tous ces Faizeux n'y ont jamais pensé parce qu'ils sont très occupés par ce qu'ils font et que ce ne sont pas des gens de pouvoir.
Ils n'ont pas ce besoin de pouvoir, ils sont assez heureux de faire ce qu'ils font. Du coup, ils se sont progressivement soumis à une technocratie de gauche et de droite qui leur dicte un système normatif hystérique et tout un système de règles qui est en train de foutre un pays à l'arrêt.
Soit ces gens s'unissent pour représenter une force citoyenne, politique considérable et suffisamment puissante pour faire redémarrer le pays par le bas, par les territoires puisque cela a l'air un peu bloqué en haut, soit nous irons dans le mur.

Historiquement la France a généralement préféré le mur!

Jacques Attali dit que la France ne sait se rénover que par la révolution, vous êtes en accord avec lui?

A. J. : Oui mais j'ai horreur de la révolution, pour une raison simple, ce sont les classes populaires qui payent l'addition, toujours.

Entre le pire et le meilleur, comment faire basculer du coté du meilleur?

A. J. : C'est toute notre stratégie d'ici 2017 que j'explique dans mon livre.
Nous sommes en train de constituer des bouquets de solutions qui proposent des politiques publiques clairement importées par la société civile et les maires. Nous allons multiplier les implantations pendant deux ans.
Puis en 2017 nous ferons une offre aux partis républicains, je ne parle pas du nouveau nom de l'UMP mais des parties à culture républicaine.
C'est-à-dire qu'il n'est même pas une minute possible de passer un accord avec le Front national, ce parti qui pratique la non inclusion de tous ou plutôt espère la pratiquer. Nous ne lui ferons pas d'offre.

"En 2007 Nicolas Hulot leur a dit : Faites-le signez.

En 2017 nous leur dirons : Signez, laissez nous faire."

Nous allons proposer aux partis républicains une alliance avec la société civile capable de résoudre les problèmes sous forme de contrats de mission consentis, concédés à nos bouquets de solutions. Ces partis devront s'engager à des transferts de pouvoir, à un acte de confiance sans précédant en la société civile et en les élus locaux.
Vous avez une myriade de maires qui ont des initiatives proprement géniales mais il n'est jamais venu à l'esprit d'aucun parti de leur confier des missions d'intérêt général et nationales. Grave erreur car c'est aussi là qu'est le laboratoire de la créativité française.

Nous sommes prêts à leur laisser les ministères s'ils nous laissent nous occuper des français.

Que se passera-t-il si les partis "républicains" refusent votre offre?

A. J. : Si les partis ne veulent pas de cette proposition, ce qui est leur droit et bien moi ou un autre ira à l'élection présidentielle en ayant accumulé des bases sociales considérables derrière chacun de nos programmes. Ce n'est pas notre souhait. Si nous allons à la Présidentielle c'est que nous avons échoué.

Votre démarche peut nous rappeler cette de Nicolas Hulot en 2007 avec sa proposition de charte signée par de nombreux candidats à la Présidentielle…

A. J. : L'énorme différence avec la démarche de Nicolas Hulot c'est qu'elle était monoproduit, elle ne parlait que d'écologie. Ensuite, en 2007 Nicolas Hulot leur a dit : Faites-le signez. En 2017 nous leur dirons : Signez, laissez nous faire. Nous venons avec les opérateurs et cela change tout. Des gars et des filles qui sont capables de mettre en place les bonnes pratiques françaises à travers le territoire.

Dans les prochaines semaines nous allons discuter au sein du mouvement des Zèbres de la nature des garanties politiques que nous prendrons car il semble assez difficile de faire confiance à ces gens là. L'expérience a montré une certaine frivolité.

Vous faites travailler une forme de nouvelle élite. Comment intégrer ceux qui sont ou se sentent exclus? Je pense aussi aux familles ouvrières bloquées dans un quartier dont la qualité se dégrade... Comment parler à ces personnes qui trouvent dans les partis extrêmes qui leur promettent sécurité et autres "solutions" tant de raisons de voter eux.

A. J. : Ils ont le droit de penser cela. Comment ne n'aurait-on pas les mêmes pensées à leur place. 
Je pense que la seule manière de reprendre contact avec les classes réellement populaires d'une nation c'est de rendre service.

"Demander aux entreprises de jouer un grand rôle est à mon sens le début de la sagesse plutôt que de parier sur des lois."

Si vous mettez en place dans leur commune un programme qui prend en charge leurs enfants en échec scolaire, qui accompagne leurs adolescents au collège, qui leur offre du soutien scolaire numérique, qui leur donne des outils bancaires pour être re-bancarisés s'ils sont interdits bancaires ou qui permet à la CGPME de faire émerger le marché gris de l'emploi qui n'apparait pas.
Si vous rendez des services concrets en lien avec les communes, là tout change.
Je vous rappelle que des gens fort peu recommandables comme le Hezbollah reconstruisent les maisons des gens. C'est en agissant de manière très concrète que l'on reprend contact. C'est ce que font les zèbres.

Quand j'entre en contact avec les Bonnets Rouges, la confiance vient non pas par ce que je suis Alexandre Jardin et que j'écris des romans d'amour mais du fait que mon programme Lire et faire Lire marche dans leurs communes. Comme l'a dit l'un d'entre eux : Nos vieilles, elles le font dans nos villages. Il savait que c'était vrai.

Ce qui se passe vraiment devant vous, est un outil de communication bien plus puissant que la télévision.

Comment ce que vous nous expliquez peut se traduire dans le monde de l'entreprise? 

A. J. : Je remarque que lorsque Essilor a changé son process de fabrication et a économisé 40% de l'eau qu'ils utilisaient à Dijon, ils ont fait avancer beaucoup plus vite l'écologie qu'avec toutes les lois réunies à Paris.
On voit bien qu'une des énormes clés du changement ce sont les entreprises car elles sont puissantes et rapides. Elles ont certes tous les défauts de la terre mais elles passent à l'acte. Leur demander de jouer un grand rôle est à mon sens le début de la sagesse plutôt que de parier sur des lois.

Et si on s'engageait a pour but d'aller plus loin que les lois mais aussi de s'affranchir de la pression de lobbyings, et de demander aux entrepreneurs de prendre des engagements.

A. J. : J'ai compris que les engagements venaient des entreprises

E. M.  : Les engagements peuvent venir de tous les citoyens actifs. Nous proposons aussi à des entrepreneurs de nous proposer leurs initiatives positives qui pourraient se traduire sous forme d'engagements applicables par d'autres entreprises. La plateforme Et si on s'engageait vient seulement d'être lancée.

A. J. : Vous voulez faire école? Commencez par demander à des entrepreneurs de proposer leurs initiatives. Cela me parait sage car il y a tellement d'aprioris sur ce monde là qu'on doit montrer patte blanche pour rétablir un lien de confiance avec les classes populaires.

(Emmanuel, reprends ton interview en main, tu vas te faire avoir comme un Bleu!)  

On a pu voir des mouvements d'entrepreneurs et des patrons de grandes entreprises faire un chantage à l'emploi au gouvernement : Menaces de ne pas recruter ou de licencier pour empêcher telle ou telle nouvelle loi... Comment leur imposer des engagements à impact social et environnemental plus important?

A. J. : Tout vient des gens. A partir du moment où vous regardez les gens autrement, je parle ici des entrepreneurs, ils agissent autrement. Le système normatif français est un gigantesque modèle de défiance. Ca part du principe que vous êtes apriori des salauds. Il est assez rare que des gens que l'on regarde comme des salauds se comportent formidablement.

Comment fait-on évoluer cela?

A. J. : En faisant confiance aux gens.

A. J. : Le principe de votre site est de faire confiance?

(Un blanc ou presque! Les rôles ne seraient-ils pas en train d'être inversés?) 

E. M. (Et si on s'engageait!): On valorise d'abord les pratiques positives pour inciter les autres entrepreneurs à en faire de même.

A. J. : Vous leur faites confiance?

E.M. : Oui mais cela n'empêchera pas le contrôle et de donner aussi à la communauté la capacité de valider que les engagements sont bien tenus.

A. J. : Votre présupposé n'est pas : Vous êtes un bandit.

E.M. : Nous cherchons plutôt les initiatives positives.

A. J. : Je pense cela fondamental.
Je pense que le regard que l'on porte sur le monde le crée en partie, en partie.
On a atteint un tel niveau de défiance généralisée qu'on trouve naturel de contrôler tout le monde. Mais cela n'a rien de normal!

Après avoir répondu à vos questions (!), est-ce que vous pensez que Et si on s'engageait peut être une plateforme accueillie parmi les initiatives Bleu Blanc Zèbre? 

A. J. : Oui, je suis archi pour. Je suis archi pour, bien sûr.

(Un Zèbre!)

Un Bleu, un Blanc et maintenant un Zèbre... : #BBZ

Et si on s'engageait a donc suivi les conseils d'Alexandre Jardin, mais sans succès. La plateforme n'est pas assez ancienne et n'a pas encore assez de résultats à montrer, nous fait-on savoir ce jour. Nous comptions jutement aussi sur la force du mouvement BBZ pour accompagner le développement de la plateforme. Ce ne sera donc pas dans l'immédiat le cas. (Mise à jour du 17/08/15)

Et bienvenue aux Zèbres sur Et si on s'engageait pour participer aux débats sur les Engagements en cours de construction, et pour partager leurs propositions de nouveaux engagements, la traduction par exemple de leurs inititiaves actuelles d'entrepreneur responsable... 

Auteur : Emmanuel Matt

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Commentaires

    Le 6 mai 2015

    super interview, super énergie!....on ne peut qu'en sortir un peu plus zèbres.......

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