Interviews

Posté le 15 déc. 2015

La Coopérative d'Activité et d'Emploi : L'entrepreneur salarié, une alternative au statut d'autoentrepreneur

Dans un précédent article, Et si on s'engageait vous présentait avec Citiz une SCIC, une Société Coopérative d'Intérêt Collectif.

Découvrons avec Marie-Josée Daubigeon, Gérante de Coop'Alpha, une Coopérative d'Activité et d'Emploi. Le statut d'Entrepreneur salarié en coopérative, une alternative au statut d'autoentrepreneur et à ses défauts.
Un choix fait par Et si on s'engageait pendant cette phase de test de cette initiative. 

Qu’est-ce qu’une Coopérative d’Activité et d’Emploi (CAE) ?

Marie-Josée Daubigeon : Une Coopérative d’Activité et d’Emploi est une structure qui accompagne le développement d’activités. Elle met à la disposition de personnes des outils et des services mutualisés pour que ces personnes puissent développer leur activité et générer leur chiffre d’Affaires.
L’une des spécificités de la CAE est le statut d’Entrepreneur-salarié désormais reconnu depuis 2014 dans la loi ESS et dont le décret d’application a été publié en octobre 2015.

En rejoignant une CAE on est à la fois entrepreneur pour l’autonomie de gestion de son activité et salarié puisque les revenus liés à ses activités sont transformés en salaire.
En parlant de salaire on pourrait imaginer qu’il y un lien de subordination entre l’entrepreneur et la coopérative mais ce n’est pas le cas. Certains de mes collègues parlent d’ailleurs de « salariés insubordonnés ! »

Quel type d’accompagnement est proposé à ces nouveaux entrepreneurs ?

M.-J. D. : Il y a deux théories dans le mouvement des Coopératives d’Activité et d’Emploi. Nous avons fait le choix de l’accompagnement entrepreneurial collectif et individuel. 
Nous privilégions le respect des rythmes de chacun avec un temps d’accueil et un temps d’information collective. Le séminaire d’intégration permet de présenter la structure et ses valeurs et de voir si les entrepreneurs y adhèrent.
La personne est au centre du dispositif avec un accompagnement individualisé mais aussi collectif. Certains préfèrent l’accompagnement totalement individualisé, nous non car nous sommes des coopérateurs. Nous faisons le pari que dans la coopération les gens vont pouvoir développer leur initiative individuelle.

Comment sont sélectionnés les nouveaux coopérateurs ?

M.-J. D. : Nous ne préjugeons pas d’un dossier ou d’une activité. Nous ne sélectionnons pas les gens sur un business plan. Nous offrons un espace où les gens peuvent tester leur activité avec des appuis, une partie conseils et des échanges avec d’autres entrepreneurs.
Nous privilégions aussi une mixité sociale. Se croisent des CAP et des doctorants, cela fait la richesse de la coopérative. Je me demande en dehors de la coopérative où ils pourraient se rencontrer alors que les rencontres se font ailleurs surtout par métier et donc par même catégorie socio-professionnelle.

En tant que Coopérative d’Activité et d’Emploi vous faites partie du réseau Coopérer Pour Entreprendre…

M.-J. D. : Coopérer Pour Entreprendre représente 74 CAE en France. Il existe aussi un autre réseau en France, le réseau Site officiel du réseau Copéa né en région Rhône Alpes. 
Le réseau Coopérer Pour Entreprendre est multi-activités. C’est aussi cette diversité et la mixité sociale des entrepreneurs qui rejoignent la coopérative qui la rendent intéressante.

En tant que Coopérative vous faites aussi partie du réseau des Sociétés COopératives et Participatives, les Scop...

M.-J. D. : La confédération générale des Scop détermine qui est Scop et qui ne l’est pas. Une révision coopérative annuelle regarde si 51% des parts sont bien détenues par des salariés et si tous les salariés ont bien été informés qu’ils peuvent devenir sociétaires.
On vérifie aussi l’affectation du résultat : les réserves impartageables, l’accord de participation et d'intéressement ou l’accord de résultats.
Certaines coopératives versent des dividendes, choix que nous n’avons pas fait à Coop’Alpha. Nous voulons privilégier la rémunération du travail et non celle du capital. Une vision un peu marxiste peut-être, mais tant que je serai gérante il n’y aura pas de rémunération des dividendes. On verra dans un an ce qui se passera…

Ces derniers mois on entend souvent parler de libéralisation du marché, bien plus que d’impact social…

M.-J. D. : Certains disent que le CDI est une horreur et pourtant on peut licencier facilement un CDI, voire mieux qu’un CDD. Il y a tant d’outils pour cela comme notamment la rupture conventionnelle.
Certains rêvent aussi de supprimer le taux horaire minimal. Pourquoi ne pas payer des personnes à 1€ de l’heure !

Qu’est-ce que l’on veut comme projet de société ? Veut-on induire encore plus de précarité ? Ce n’est pas le modèle dont j’ai envie pour notre société.

Les CAE attirent notamment les autoentrepreneurs qui ont pu constater les inconvénients de leur statut (Retraite, sécurité sociale…)

M.-J. D. : Il y en a effectivement de plus en plus qui viennent à notre rencontre, même si ce n’est pas une majorité.
Le statut d’autoentrepreneur a eu un effet très positif celui de libérer l’état d’esprit de créer. Osons !

Il faut ensuite voir les chiffres de l’ACOSS(Chiffres à fin 2014)
Sur les 982 000 entrepreneurs, seuls 58% déclarent un chiffre d’affaires positif, la moyenne étant de 3290€ au quatrième trimestre, à nouveau en diminution (-1,7% sur an).

Le statut d’autoentrepreneur est adapté aux retraités souhaitant compléter leurs revenus et a permis de légaliser certaines pratiques. Ces entrepreneurs bénéficient des mesures qui concernent les créateurs mais en cas de difficultés, n’ayant pas cotisés à Pôle Emploi, ils se retrouvent au RSA.

Pourquoi n’ont-ils pas alors fait dès le départ le choix d’une Coopérative d’Activité et d’Emploi ?

M.-J. D. : Ils ne savaient pas que nous existions. Si nous avions bénéficié de la même campagne de communication que celle qu’avait organisée Hervé Novelli [alors Secrétaire d'Etat du gouvernement Fillon/Sarkozy] au lancement du statut des autoentrepreneurs il y aurait des CAE à tous les coins de rue !

J’exagère un peu car certains entrepreneurs ont l’envie de rester « indépendants » et ne souhaitent pas créer leur entreprise sous le couvert d’une coopérative.

Ceux qui viennent frapper à notre porte sont souvent dans une phase test ou d’évolution de leur activité. Nous sommes une réponse à la précarité. Nous leur permettons de sécuriser leur offre et de se créer du droit, du droit social.

Coop Alpha & sa "petite soeur" Coop&Bat sont des coopératives, qui font donc partie de par leur statut de l’Economie Sociale et Solidaire (L’ESS). Les valeurs de l’ESS sont-elles aussi des critères de choix pour les nouveaux coopérants ?

M.-J. D. : Les gens viennent d’abord pour développer un projet individuel, avec leur personnalité et leur parcours.
Certains viennent par adhésion aux valeurs de la coopérative, d’autres avant tout pour sortir du chômage. Ce sont souvent ceux qui sont arrivés avec les meilleurs discours qui coopèrent le moins contrairement aux autres. C’est intéressant à voir. La coopération cela s’apprend, cela s’éduque. Ce n’est pas forcément facile.

Nous avons donc mis en place une ingénierie coopérative car il faut que l’on donne à voir, que l’on soit exemplaire. La coopération est une exigence. Nous avons aussi dû gérer notre croissance. On gère plus facilement une communauté de 50 personnes qu’une communauté de 200. Nous avons donc décidé de créer des groupes plus petits, des pôles d’activités qu’il faut animer.

Nous ne nous considérons pas comme une entreprise exemplaire mais une structure d’accueil d’entrepreneurs. Notre idée est d’être assez vertueux pour les amener dans notre réflexion.

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Vous avez d’ailleurs formalisé vos engagements avec la création d’une « Charte du Coopérateur Solidaire »...

M.-J. D. : Dans un appel d’offre on nous a demandé comment on se distinguait d’autres prestataires. En y réfléchissant au sein de la coopérative, le mot solidaire revenait souvent.
Entrepreneur solidaire étant déjà pris, et étant coopérateurs avec une appartenance aux scops nous avons déposé le nom de coopérateur solidaire que nous avons défini par une charte en 9 points.

Scop sur libre adhésion, à chacun des coopérateurs de s’approprier aussi cette charte sur libre adhésion. Certains la signent dès leur arrivée, d’autres jamais. Nombre d’entre eux la signent pendant leur parcours ou au moment de devenir sociétaire.

Interview réalisée en novembre 2015.

Merci à Marie-Josée Daubigeon pour sa participation.

Les Coopératives d'Activité(s) et d'Emploi(s)* comme alternative à l'autoentrepreneuriat mais aussi une contreproposition à ce que certains appellent l'Ubérisation de la société, où quand la richesse (relative souvent) peut être créée rapidement mais sans l'acquisition de droits sociaux (retraite, couverture sociale etc.) alors qu'en CAE, l'activité de l'entrepreneur salarié lui permet de se créer des droits sociaux. 

*Vous trouverez les CAE écrits parfois totalement au pluriel - Coopérative d'Activités et d'Emplois - comme sur le site du Ministère de l'Economie, une méthode incantatoire de créer des emplois? Parfois Activités est au pluriel et Emploi, non comme sur le site de l'APCE l'Agence de la création d'Entreprises (mais pas de la création d'emplois?!)  

AuteurEmmanuel Matt (...qui a rejoint Coop'Alpha à la fin septembre 2015 pour Et si on s'engageait)

  1. Être ambassadeur de cette nouvelle forme de travail : créer en coopérative sous le statut d'entrepreneur salarié
  2. Orienter mes pratiques selon les valeurs de l'Économie Sociale et Solidaire : libre adhésion, l'humain au coeur du projet, solidarité et responsabilité, respect de la diversité.
  3. OEuvrer pour ma réussite et celle de la coopérative.
  4. Améliorer régulièrement mes compétences.
  5. Partager et échanger sur mes compétences et mes pratiques.
  6. Dialoguer de façon constructive et transparente.
  7. Coopérer au lieu de se concurrencer.
  8. Favoriser les actions collectives avec les entrepreneurs de la coopérative.
  9. Privilégier les partenariats locaux.

Coop'Alpha : Présentation

Ses objectifs : Former au métier d'entrepreneur, permettre le retour à l'emploi par la création d'activités, minimiser le risque de création et pérenniser les nouvelles entreprises.
Ses valeurs : mutualisation, ancrage local, efficacité économique, respect, diversité...
Particularité : statut entrepreneur salarié en CDI, RCP et décennale

Tester son projet et adopter une posture entrepreneuriale :
Une alternative à la création d'entreprise solo via un cadre sécurisant, pédagogique* et collaboratif où la mutualisation des services et la force du collectif favorisent la réussite de chaque projet.
Le créateur peut apprendre le métier d'entrepreneur et tester son activité dans les meilleures conditions. On compte ainsi 85 % de sorties positives en 2012 et 2013.
*Coop'Alpha est conventionnée opérateur NACRE et antenne agréée Gironde Initiative

Depuis 2006 : 514 entrepreneurs accompagnés. 6,2 Millions € de CA HT générés

Pour en savoir plus sur Coop'Alpha et sa jumelle pour les professionnels du bâtiment : Coop & Bât 

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